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Dans la cour d'école

Extrait de la revue de l’Eglise réformée de France Information – Evangélisation N°1 - 1997 

Par Brigitte Liatard, enseignante,
membre du Mouvement International de la Réconciliation

Sarcelles : une cour de collège à l'heure de la récréation : discussions, poursuites, jeux de ballon... Et puis, tout va très vite : un cercle intéresse vient de se former autour de Vincent et de Charles qui ont commencé à s’empoigner et à se taper dessus. Spectacle malheureusement habituel en ces temps où la violence s'est généralisée et paraît la réponse la plus efficace aux conflits.

Mais la suite est plus étonnante : attirés par le groupe qui excite les deux adversaires, deux jeunes, à peine plus âgés, porteurs d'un brassard vert aux deux cercles entrecroisés s’interposent et proposent leur aide :
- « Vous préférez le surveillant ou vous voulez venir discuter ? On est médiateurs cette quinzaine ».

Vincent a tout de suite accepté Charles est plus réticent mais il n'en n'est pas à sa première bagarre et l'argument de la venue d'un surveillant est convaincant. Les copains déçus s'éloignent.

Les quatre jeunes se retrouvent dans la salle de classe baptisée « salle de médiation » pendant les récréations.. Selon une technique travaillée, les deux médiateurs vont successivement laisser la parole aux deux garçons, en les obligeant à s'écouter. Puis ils reformulent les faits et les émotions et posent des questions précises pour aider à voir comment la bagarre a commencé.

Vincent est nouveau. Elève de 6e, il a été souvent racketté dans le primaire. Il a d'abord appris à se défendre mais maintenant il n'hésite plus à attaquer. Charles redouble sa 5e, c'est un bagarreur, il a une réputation à défendre.

Loin des copains, les garçons peuvent s'expliquer. Vincent jouait au ballon avec ses camarades. Régis a attrapé le ballon et l'a envoyé à Charles qui l'a gardé. Pour le récupérer, Vincent a ceinturé Charles qui a voulu se dégager et a frappé... Une histoire stupide, les garçons en conviennent. Vincent est visiblement soulagé de la fin de l'histoire. Charles a promis de s'arrêter là.. Une histoire qui pose beaucoup de questions. Rien n'est résolu, c'est certain Pourtant germent dans cette cour des réponses à la violence quotidienne.

Atelier de médiation

Depuis quatre ans, une équipe d'enseignants anime dans cet établissement un atelier destiné aux jeunes de 5e volontaires, et intitulé « Violences - gestion des conflits - médiation ».

Il s'agit, en une quinzaine d'heures, à raison d'une fois par semaine, d'apprendre à mieux se connaître, à travailler sur ses propres réactions dans les situations conflictuelles ; à admettre que l'autre peut avoir également raison ; à apprendre à trouver des solutions sans perdant ni gagnant. Les plus intéressés (environ les 2/3) peuvent devenir médiateurs sur la cour et proposer leur aide.

La formation est ludique et !es jeux de rôle permettent d'expérimenter d'autres façons de réagir.
Le bilan est positif. Ce travail de connaissance de soi répond à un besoin profond des jeunes, garçons et filles, qui souhaitent, passés la gêne et le rire des premières séances, comprendre leur fonctionnement et celui de leur entourage pour être mieux dans leur peau. Leur violence est un appel, à travers leur solitude et leur souffrance. Ces ateliers les aident à aller à la rencontre d'eux­mêmes, puis des autres.
Charles s'y est inscrit ; il sait sans doute qu'un long chemin reste à parcourir mais que l'enjeu en vaut la peine.

« Cela m'a vraiment changé : avant, la moindre insulte ou geste de travers envers moi était réglé par la bagarre, alors que maintenant la médiation me fait réfléchir car j'arrive à contrôler mon corps grâce à cette expérience et j'essaie de régler le conflit amicalement »

Malik, 1er médiateur sur la cour, printemps 1994