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Michel Monod : Aimez vos ennemis

Traité de communication pacifique et non-violente.- L’Harmattan, 2006, 145 p.,14 €

 

Voici un livre qui ne laissera personne indifférent. Aujourd’hui plus que jamais dans un climat de violence ambiante il résonne à nos oreilles comme un appel à la paix. Oui, la paix est-elle encore possible dans notre pauvre monde secoué de convulsions, où chacun se sent impuissant à régler les différends entre les hommes ?

Par cette injonction lapidaire « Aimez vos ennemis », Michel Monod, pasteur de l’Église protestante de Genève et membre du Mouvement International de la Réconciliation, nous invite à prendre le chemin de la paix avec nous-mêmes et avec les autres. Le cœur du message chrétien est là dans ces quelques mots d’où jaillissent immédiatement les questions : Que veut dire aimer ? Qui sont nos ennemis ? Comment faire pour aimer nos ennemis ?

Partant de l’enseignement de Marshall Rosenberg sur la communication non-violente, il nous propose une méthode qui utilise le langage du corps en sachant que la communication est à 80% non verbale. Par le geste juste il est possible de trouver le mot juste et d’établir ainsi une bonne communication. L’originalité de ce livre réside dans le fait qu’il associe le message chrétien aux méthodes contemporaines de formation à la communication. On pourrait presque dire qu’il redonne vie au mot "compassion" avec le mot "empathie".

Dans un court avant-propos Michel Monod nous précise que depuis les événements tragiques de la Deuxième Guerre mondiale il a toujours milité pour une communication non-violente, dans laquelle il retrouve la force de la vérité et l’approche du cœur soulignées par Gandhi. Aujourd’hui à la retraite, il consacre tout son temps à animer des séminaires, notamment en Afrique, expériences grâce auxquelles il a développé sa propre méthode d’enseignement, qui tient compte des attitudes non verbales, des gestes, du souffle et de la spiritualité.

Le livre se compose de deux parties, une partie théorique, « Signification spirituelle et portée politique de la communication pacifique et non-violente », et une partie pratique, « Enseignement et pratique de la communication pacifique et non-violente ». Sans doute est-ce là l’originalité du livre : il y a le dire et il y a le faire.

Qu’est-ce que l’amour ? L’amour c’est aimer et être aimé dans une rencontre libre entre l’autre et moi, où j’utilise le Je et le Tu. L’autre n’est pas désigné par "il" ou "elle" car il n’est pas un objet. C’est là un point très important dans la communication car si je me sers de l’autre il y a risque de violence, de jugement et de conflit, et la relation peut alors être cassée. Pour éviter cette rupture il faut faire appel à notre fond de générosité et de bienveillance afin de retrouver l’élan du cœur propre à chacun. En prenant du recul, en renonçant à la haine et en étant attentif à ce qui se passe en moi, je peux rétablir la communication. En exprimant mes sentiments et en donnant à reconnaître mes besoins, je peux donner à l’autre l’occasion d’exprimer ses propres sentiments et besoins car derrière une expression violente se dissimule toujours un besoin positif qui demande à être reconnu. La stratégie du violent est toujours cruelle mais son besoin est toujours positif et il s’agit de lui en offrir la reconnaissance comme un cadeau. En somme, la communication passe par la reconnaissance mutuelle de deux sujets. C’est ce que nous trouvons dans l’enseignement du Christ et de l’apôtre Paul. Michel Monod nous en donne toutes les références bibliques.

La médiation est souvent le seul recours dans les situations difficiles et les Églises pourraient largement jouer ce rôle en devenant ainsi des artisans de paix comme le recommandent les Béatitudes. Quand l’attitude naturelle est de riposter par la violence, Jésus nous invite à aimer nos ennemis, il nous enseigne l’amour inconditionnel, une capacité nouvelle accordée, une "capabilité" selon le terme de Paul Ricœur.

La deuxième partie du livre développe l’enseignement pratique de la communication non-violente. Elle nous offre toute une série d’exercices à faire en groupe pour développer les deux notions fondamentales : l’affirmation de soi et la confirmation de l’autre. J’exprime en "Je" mes sentiments et mes besoins légitimes dans une attitude authentique et j’écoute l’autre en me faisant son miroir dans une attitude empathique pour refléter ses sentiments et ses besoins. Par l’expression des émotions et des sentiments les véritables besoins de chacun sont reconnus, qu’ils soient d’ordres spirituels, sociaux, relationnels ou matériels. Le langage du corps rejoint ainsi la langue du cœur et peut transformer l’ennemi en ami. La main droite et la main gauche sont les outils indispensables à l’émergence de cette communication qui nous ouvre à la compassion.

Le dernier chapitre s’intitule « Pas à pas vers la paix ». Michel Monod reconnaît la difficulté de l’entreprise et souligne que c’est parmi nos proches que nous comptons le plus d’adversaires car « c’est justement parce qu’ils sont proches que c’est difficile de provoquer un rapprochement », mais il nous invite à lui emboîter le pas. Une excellente bibliographie avec des auteurs tels que Martin Buber, René Girard, Erich Fromm, Carl Rogers ou François Vouga pour n’en citer que quelques-uns montre les sources de sa réflexion.

Ce petit livre mérite d’être largement diffusé.

Marie-France Valette.